|
Le 26 Janvier 2016
Je suis né un mardi à vingt heures quarante-cinq, le neuf septembre mille neuf cent soixante-six. La plus extra lucide des voyantes expliquera que mon signe astrologique est la vierge et que je suis ascendant taureau, de toutes ces bêtises, je n'ai rien retenu mais avec une simple place dans les étoiles, il m'arrive, quand même, de consulter l'horoscope, juste pour me dire, que je vais faire le contraire de ce qui est relaté dans ces lignes. Les Chinois, eux, ne sont pas plus subtils concernant les signes astrologiques et l'année soixante-six correspond à celle du cheval et comme ce n'était pas suffisant, ils ont décrétés qu'en particulier ce devait être l'année du cheval de feu. Pour la petite histoire, c'est de mauvaise augure l'année soixante-six du cheval de feu en Chine et, toujours selon l’histoire, les femmes qui devaient accouché durant cette année se pressaient chez les médecins pour pouvoir avorter et échapper au démon animal à qui elles allaient donner vie et les médecins s’empressaient de les faire avorter. On peut penser que c’était une volonté du gouvernement chinois de propager des rumeurs et ainsi de limiter les naissances, à cette époque bien avant la politique de l’enfant unique.
Avec le nom que je porte, je ne peux être que d’origine Corse ou Italienne, c’est le deuxième choix qu’il faut retenir car mon grand-père était un exilé politique. Il est arrivé en France entre les deux guerres. Il est mort en 1953, d’une urémie, pour être précis c’est un empoissonnement du sang mal géré par le médecin de famille. Mon père n’avait que 20 ans. C’est la même année que mes parents se marièrent. Ma mère est née d’un père breton et d’une mère Normande rien de telle pour faire un bon ménage.
Je garde le stigmate très prononcé de renfoncement sur mon front, une radiologie de mon crâne faite en 2013 doit pouvoir le confirmer. On distingue très nettement la marque de trois ongles qui vont du haut
du front jusqu’aux sourcils. Arrêtons-nous un instant sur l’anatomie du crâne qui contient le cerveau. Sur le haut du front se trouve la zone du cerveau, dites de la mémoire de travail. C’est-à-dire la
mémoire qui vous permet de garder une mémoire ce que vous apprennez à l’instant. Sur un cerveau sain, vous lisez un texte, vous le mémorisez, votre mémoire fonctionne bien. Sur un cerveau sur lequel,
il y a eu enfoncement de cette zone, la partie cognitive est atrophiée. L’aptitude à comprendre sur le champ est altérée. Ça se traduit par une difficulté à se concentrer, et à manipuler ce qui est
abstrait comme le langage informel par exemple. L’intelligence, ni la mémoire sur le long terme ne sont atteintes, ça engendre des personnages un peu lunaires, un peu solitaire aussi car les modes de
communications et la capacité à l’empathie reste un problème majeur. Ma mère m’a affirmé que c’était à la maternelle qu’une petite fille me griffa et ce fut être extrêmement violent. Cependant, c'est ça version.
Ma vie aurait été bien différente si cet épisode avait été évité. J’aurais sans doute échappé à la dyslexie et bien d'autres choses encore...
Je ne suis pas un numéro
Le déterminisme m'a donné la chance d'être né tout près de Paris à Levallois-Perret, je me rendrais compte plus tard que c'était un luxe et plus luxueux encore, mes premières années sur cette terre, furent vécues à Versailles à trois cent mètres des grilles du château du même nom. L'appartement daté fin dix-huitième était spacieux avec un long couloir qui menait sur deux chambres, la mienne et quelques mètres plus loin, à son extrémité, celle de mon frère. Je suis le dernier d’une famille de trois enfants, mon frère et ma sœur sont mes aînées de sept et six ans. Ils ont l’un et l’autre eut des scolarités tout ce qu’il y a de plus normale et ont effectués des études secondaires, l’un à Science po paris et l’autre en histoire de l’art à la Sorbonne. Se souvenir de l’école maternelle est difficile, pourtant je me rappelle de la petite rue du peintre Lebrun où se trouvait le bâtiment qui accueille, toujours actuellement les plus jeunes enfants.
L'école Marcel Laffitan sur le boulevard de la reine a été mon second contact avec l'éducation nationale et ce fut un échec. A ma première rentrée des classes,
ce fut déchirant et la séparation avec la sphère familiale très mal vécu. Malgré tout, je devais passer l'année plutôt tranquillement bien que je m'y ennuyais
sérieusement, l'instituteur était plutôt gentil, je n'ai pas eu à m'en plaindre. La seconde année dans l'école fut capitale, marqué par un incident que je ne suis pas prêt d'oublier et qui marqua un tournant décisif dans ma jeune scolarité. Alors que l'institutrice me fit intervenir au tableau pour me poser des questions sur une leçon de français dont je ne connaissais pas les réponses, cette femme eut l'idée déplorable de me donner des coups sur la cuisse avec une longue baguette en espérant me faire retrouver la mémoire sur le singulier et la conjugaison. Elle devait avoir prévue son coup car ce supplice qui dura longtemps ne fut abrégé qu'à la sonnerie de onze heures trente qui indiquait le départ pour aller déjeuner. La journée passa, mais ce n'est qu'une fois à la maison alors que je me déshabillais pour mettre mon pyjama, que ma mère remarqua les hématomes bleus, verts qui avaient tendance à tourner marrons présent sur le haut de ma jambe. Je n'avais fait part à personne de ce qui s'était passé le matin, même. Le lendemain, c'est ma mère qui s’est déplacé pour vociférer devant la jeune femme outrageusement brutale, à partir de là, l’institutrice revêche me laissa tranquille en m'excluant du rythme de la classe, sans plus me faire intervenir. De cette situation grotesque, certains jours, je manquais l'école avec l'approbation de ma mère et nous partions tous les deux à la campagne ou nous restions seuls dans l'appartement. Mais je restais dans ma chambre alors que s’étant réveillée très tôt le matin, elle récupérait son sommeil après le déjeuner. L’isolement, pendant ces périodes était fort, pourtant je ne manifestais pas ma rancœur à son égard et à cet âge, la conscience est relative. A mon retour à l’école le lendemain, je pouvais percevoir l’animosité des autres enfants qui semblaient me reprocher de ne pas être venu la veille, comme si j’en avais profité pour pratiquer un loisir merveilleux, alors qu’ils étaient astreints, eux, à travailler. Evidemment, je prenais du retard par rapport au niveau de la classe et la plupart du temps, j’étais seul dans la cour de récréation. Dans ma chambre avec mes jouets d’enfants, je passais la journée à construire et détruire des villes en briques Légo ou établir des batailles avec des petits soldats Airfix à l'échelle de un soixante douzième. Là, c’est le début du rebelle. Des modèles réduits de tank et de véhicule de toutes sortes donnaient un réalisme saisissant à ces combats. Pour la génération de nos parents, la seconde guerre mondiale était encore présente dans les mémoires pour leur rappeler une autre guerre à l'époque d'actualité celle dite "froide". Les parents m'avaient offert un petit poste de radio alors que la modulation de fréquence n'existait pas encore. Les stations audibles étaient Europe 1 et RTL et j'avais pour habitude d'écouter ce petit crachin propre au son caractéristique des transistors de cette époque et il m'accompagnait dans mes jeux une bonne partie du temps. Dans ce monde de l’information entrecoupé de musique et de discussion; dans l’univers fantastique et poétique de la radio. Je découvrais que j’étais mortelle et qu’un monde vibrait à l’extérieur de ces murs. Mes jeux était illustrées par des histoires fantastiques car j’avais à ma disposition un mange disque. De la taille d’une petite mallette cet appareil permettait d’écouter des disques vinyles 45 tours. Les livres disques étaient illustrés avec un texte additionnel et la plupart venaient de la marque Phllips.
Cette période fut fantastique et ce couloir de dix mètres de long au fin fond de l’appartement a été un terrain de jeu épatant. Une moquette rouge, un papier peint avec des illustrations d'un temps passé, c'est dans ce lieu que devait se jouer les moments parmi les plus exaltants de ma vie. J'exagère ? Evidement.
(à suivre...)
|